


A 78 ans, sept mandats dans la besace et un huitième en ligne de mire, Jean Girardon, maire sortant de Mont-Saint-Vincent et candidat à sa propre succession, frétille comme un gardon qu’on aurait remis à l’eau. Élu sans discontinuer depuis 1983, il l’affirme sans ambages, « j’ai bon pied, bon œil, et je peux encore servir ».
Le bon air de Mont-Saint-Vincent doit décidément avoir des vertus insoupçonnées.
Avant même d’entrer dans le détail du pourquoi et du comment de sa candidature, l’édile dégaine le fleuret. Face à lui, Jean Masquelet. « J’aurais aimé un débat avec mon challenger, mais il ne veut pas », lance-t-il, mi-dépité, mi-provocateur, comme s’il attendait l’adversaire sur le pré, l’épée déjà levée.
Dans ce village de trois cents âmes, où deux cent trente-trois électeurs inscrits tiennent le destin municipal au creux de leur bulletin, la bataille promet d’être homérique. Deux listes, quelques voix d’écart possibles et le scrutin pourrait se jouer à un souffle près, un éternuement mal placé et l’histoire bascule.
Jean Girardon s’y prépare. Et il ne reste pas en embuscade, il charge. « Mon adversaire veut que ça change. Mais changer pour trouver moins bien ? Autant continuer avec nous ! » Son slogan claque comme une bannière au vent : « Continuons à bien vivre à Mont-Saint-Vincent ».
Le capitaine ne compte pas abandonner la barre. Sa liste ? Un équipage mêlant expérience et sang neuf, six conseillers municipaux sortants et sept entrants. « Sur les treize colistiers (onze plus deux), cinq sont retraités, huit sont actifs et la moyenne d’âge est de 55 ans », précise-t-il avec la rigueur d’un professeur faisant l’appel.
Car l’homme n’est pas novice, il est professeur émérite à la Sorbonne, spécialiste de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Il entend bien faire valoir sa science et sa vision. Ce qui le pousse à briguer un huitième mandat ? Défendre bec et ongles la voix des communes rurales au sein de la communauté urbaine Creusot Montceau. « Je milite pour que les ruraux prennent davantage de place à la CUCM. On voit bien que les deux villes-centres, Le Creusot et Montceau, phagocytent le gros des budgets », affirme-t-il, tel un héraut des campagnes face aux citadelles urbaines.
A Mont-Saint-Vincent, pourtant, point de révolution tonitruante à l’horizon. Le maire-candidat se veut pragmatique, mais lucide. « L’avenir passe par la transition écologique », martèle-t-il, en associant étroitement la CUCM, partenaire incontournable. Son credo ? Gouverner le quotidien sans perdre de vue les opportunité « comme nous l’avons fait avec le réseau de chaleur ».
Au programme : revoir le sens de circulation au centre-bourg, notamment aux abords de l’école; mettre en place un plan de sauvegarde et préparer la commune à affronter tempêtes, glissements de terrain et inondations jusque dans les caves. « C’est déjà le cas », assure-t-il, comme un général inspectant ses fortifications avant l’orage.
Il pourrait conclure là-dessus, la feuille de route bien déroulée. Mais non. Dans un dernier tour de piste, il revient à son rival. « Norbert Masquelet est le président de la Fête des Lumières. Logiquement, il aurait dû être en septième position sur ma liste. Mais j’ai vite compris qu’il avait une idée derrière la tête… «
A Mont-Saint-Vincent, sous les airs tranquilles d’un village perché, la campagne a des allures de roman-feuilleton. Et le huitième mandat pourrait bien être le chapitre le plus palpitant.

J.B.