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A regarder la carte électorale française depuis vingt ans, une constante semblait résister, certaines villes ouvrières conservaient une identité politique forte, héritée de leur histoire industrielle et syndicale.
Mais à Montceau-les-Mines, le premier tour des municipales du 15 mars 2026 montre que cette époque est définitivement révolue.
Longtemps bastion de la gauche minière, la ville est aujourd’hui un terrain de concurrence entre trois blocs politiques presque équivalents : la droite municipale, l’extrême droite et une gauche recomposée. Le résultat du premier tour le montre brutalement :
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Marie-Claude Jarrot (divers droite) : 29,15 %
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Arnaud Sanvert (RN) : 26,48 %
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Isabelle Louis (union de la gauche) : 25.19 %
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Christelle Roux-Amrane (divers) : 10.25 %
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Catherine Ravier (LFI) : 7 %
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Claude Couratier (LO) : 1.90 %
Trois listes principales se tiennent dans un mouchoir de poche de quatre points.
Ce qui frappe dans ce scrutin, ce n’est pas seulement la fragmentation. C’est la mutation sociologique de la ville.
Autrefois structurée par l’univers minier, les syndicats et la culture communiste, Montceau appartient aujourd’hui à cette France des villes moyennes post-industrielles qui oscillent entre abstention, vote protestataire et personnalisation municipale. La droite locale y gouverne depuis 2014, mais sans hégémonie durable. Le RN y progresse à chaque scrutin national, tandis que la gauche conserve un socle historique mais divisé.
Le premier tour révèle ainsi une ville tripolaire, typique de la recomposition politique française.
La droite municipale arrive en tête, mais affaiblie. Le RN s’enracine, sans encore conquérir. La gauche résiste, mais à condition de s’unir. Autrement dit, personne ne gagne vraiment, mais tout le monde peut encore perdre.
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Maintenant que le paysage politique montcellien est dessiné, les stratégies ont commencé à se mettre en place dès l’annonce des résultats dimanche soir en mairie.
Eric Commeau, numéro 2 sur la liste d’Isabelle Louis, le répétait à qui voulait l’entendre, il venait de trouver la formule d’Archimède. « Vous avez vu, 70% des Montcelliens ne veulent plus de Marie-Claude Jarrot ». Pour corroborer dans son sens, près de 75% des Montcelliens n’ont pas voté pour Isabelle Louis.
Pour l’emporter dimanche 22 mars, la liste Montceau autrement, citoyenne et solidaire doit absolument compter sur les voix de la gauche dissidente, à commencer par celles de La France Insoumise. « Jamais » n’ont cessé de répéter les colistiers de Catherine Ravier qui vouent une haine féroce à l’élue socialiste. Sauf que, le communiqué de LFI est sans équivoque : faire barrage au RN et engager une rupture avec la politique menée jusqu’à présent par la majorité sortante. Cela ressemble beaucoup à un ralliement.
Il est même possible que le PS fasse les yeux doux à Christelle Roux-Amrane. « Il faut qu’on se voit » a lancé Isabelle Louis à la tête de liste de Montceau allons y ensemble. La numéro 2 de Renaissance en Saône-et-Loire n’est plus à un dérapage près, n’a t-elle pas fait alliance avec Laurent Selvez, un ancien du parti socialiste !
Un mariage qui, selon nos informations, ne plairait pas à certains colistiers de Roux-Amrane. La promesse d’une place d’adjointe pourrait sceller le deal et sacrifier par la même occasion Laurent Selvez.
Quelles sont les chances de la liste lepéniste Relève toi Montceau avec à sa tête, Arnaud Sanvert satisfait de son score au premier tour, de l’emporter dimanche prochain ? Aussi grande que les deux autres blocs. Le danger d’une liste fantôme à la tête de la ville de Montceau n’est plus une baliverne. On vote Rassemblement national, extrême droite, pour crier sa rage. Une simple étiquette RN suffit.
Dans cette mélasse, comment Marie-Claude Jarrot pourra t-elle sauver sa tête ? Convaincre les abstentionnistes. Ils ont été 50% à ne pas se déplacer ce 15 mars.
En 2020, l’alliance de gauche, Selvez-Commeau se voyait déjà les pieds à l’hôtel de ville. Elle a perdu de 128 voix.
Le second tour se jouera donc moins sur les programmes que sur trois mécanismes électoraux classiques : l’unité, les reports de voix et la participation.
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J.B.







