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Il avait rejoint ses coéquipiers aux Jeux paralympiques de New York, de Séoul et de Barcelone. Samedi 3 avril 2026, Patrick Fornet a été élevé au rang de compagnon de l’Ordre national du Mérite. Une distinction qui résonne comme une évidence, tant son parcours force le respect, comme l’a souligné Joëlle Arnoult, officier de l’ONM et présidente départementale, encore impressionnée par l’ampleur de son palmarès et par son engagement auprès des jeunes pour témoigner de son handicap.
« L’Ordre national du Mérite ne se demande pas, il se reçoit. Encore faut-il que quelqu’un vous propose », rappelait-elle avec justesse.
Car le chemin parcouru par Patrick Fornet, avant de franchir en fauteuil roulant les portes du salon d’honneur de l’hôtel de ville de Montceau-les-Mines, « n’a rien d’un long fleuve tranquille », comme le soulignait madame le maire, Isabelle Louis.
Né en février 1960 à Saint-Vallier, avec une infirmité motrice cérébrale qui l’empêche de marcher, il est de ces hommes qui refusent les assignations. « Un enfant du pays », glissait avec émotion sa marraine, Joëlle Arnoult. Mais surtout un homme qui n’a jamais cessé de repousser les limites que l’on croyait tracées pour lui. Et quels sommets il a atteints.
Submergé par l’émotion, Patrick Fornet a laissé son cousin prendre la parole. Les mots, pourtant, racontaient une vie marquée très tôt par l’épreuve. Scolarisé à Écully, dans un centre d’éducation spécialisée, entre 5 et 18 ans, il traverse une adolescence difficile. L’éloignement familial et la cohabitation des handicaps y laissent une empreinte profonde. « Ce fut douloureux », confiait son cousin.
Mais c’est dans le sport que s’écrit sa revanche. Après avoir exploré le basket fauteuil, le tir à l’arc ou encore l’athlétisme, il trouve dans l’haltérophilie un terrain d’expression à la mesure de sa détermination. Le monde devient alors son horizon. Trois Jeux paralympiques jalonnent son parcours : New York en 1984, où il décroche une médaille d’argent, Séoul en 1988 (5e), puis Barcelone en 1992.
Avant de se retirer de la compétition, il inscrit son nom à onze reprises au sommet des records du monde, conquiert cinq titres européens et un titre mondial. Une performance presque irréelle, soulever 118,5 kg en développé couché avec un poids de corps inférieur à 48 kg.
Aujourd’hui encore, sa voix porte. Avec conviction, il continue de défendre la reconnaissance du sport de haut niveau pratiqué par les personnes en situation de handicap. Car, regrette-t-il, « les personnes porteuses d’infirmité motrice cérébrale restent trop souvent confrontées à la discrimination et au manque de considération dans le monde sportif ».
Sa vie ne se résume pas à ses exploits. Pendant 25 ans, il travaille à l’usine Jeumont-Schneider de Montceau, où son parcours est accompagné, notamment par l’aménagement de ses congés lors des grandes échéances sportives. Jusqu’à ce qu’un accident du travail ne vienne interrompre cette trajectoire professionnelle.
Dans un moment de gratitude, il a tenu à saluer celles et ceux qui ont jalonné son chemin, son premier entraîneur Louis Dessenti, Daniel Coquelle, président de l’association Omnisports des handicapés physiques, Franck Collinot, entraîneur de l’équipe de France des valides, et Bernard Ponceblanc, président départemental du COSF. Sans oublier une pensée émue pour ses parents, disparus récemment.
« Tous vos collègues saluent votre courage et votre modestie. Vous avez prouvé qu’une personne handicapée peut atteindre des sommets », rappelait Joëlle Arnoult.
Et madame le maire de déclarer avec gravité et admiration, « Nous célébrons aujourd’hui un homme qui force l’admiration ».
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J.B.
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