Montceau – Le cercle des verres et des voix

Vendredi soir aux ADJ de Montceau-les-Mines, l’art et le vin ont uni leurs voix dans une parenthèse aussi gourmande qu’inspirée. Entre les accords sensibles de Marc Loy, la présence habitée d’Aladin Reibel et les nuances d’un Rully 2023 du domaine Saint-Jacques, le public a goûté à une expérience où les mots, la musique et les arômes ne faisaient plus qu’un. Une soirée délicate et vibrante, où l’ivresse était autant celle des sens que de l’esprit.

Les tables vibraient d’une douce attente et déjà les premiers arômes s’élevaient comme une promesse tenue au creux des mains. Alors, la musique de Marc Loy s’est posée là, guitare contre le cœur, voix à fleur d’âme, tissant des notes comme on verse un vin juste, ni trop sage, ni trop fou, mais infiniment vivant.

Et puis, il y eut lui. Aladin Reibel. Présence habitée, regard incandescent, comédien des mots et des souffles, qui, d’un geste ou d’une phrase, faisait naître des mondes entiers.

Le public, attablé, suspendu, tenait son verre comme on tient un instant fragile, savourant chaque syllabe, chaque silence,
« pour mieux avoir l’oreille libre », et c’était vrai.

Un Rully, blanc et rouge 2023 du domaine Saint-Jacques, venait sceller cette alliance, comme une évidence posée entre les lèvres et l’esprit, ne faire plus qu’un, dans les bouteilles et les verres, dans les mots et les corps.

Car le vin délie. Il ouvre. Il fait parler sans détour, sans s’encombrer d’amour idéalisé ni de fleurs trop sages, comme cette rose qu’on effleure et qu’on déshabille en parlant d’amour.

Les grands crus appelaient les grands auteurs et l’ombre de Baudelaire planait, complice, tandis qu’un rire glissait, léger, irrévérencieux : « L’alcool tue lentement… on s’en fout, on n’est pas pressé » (Courteline).

Puis venait l’insolence, fine et joyeuse, à la manière d’un esprit libre, « l’amour rend aveugle parce que certains en faisant l’amour… braille (Francis Blanche).

Dans cette ronde, les fleurs, les femmes, l’amour et ce cercle invisible des vignerons disparus reprenaient vie, habillés de mots et de chair, dans la voix d’un comédien flamboyant.

Aladin, tel un Cyrano sans autre épée que la parole, déclamait avec panache, tranchant l’air de ses tirades, faisant vibrer les âmes
comme on fait chanter un grand vin.

L’art et le vin, deux langages pour une même ivresse, un même vertige partagé.

C’était divin.

J.B.

Les commentaires sont fermés.