Montceau – Débat d’orientation budgétaire : le poids des comptes, le choc des mots

Dans l’enceinte du débat municipal sur le débat d’orientation budgétaire qui a eu lieu mercredi à l’hôtel de ville de Montceau-les-Mines, ce ne sont pas seulement des chiffres qui s’affrontent, mais des paroles, des postures, presque des visions du monde. A travers les échanges, la politique reprend ses droits, faite de convictions, de mises en cause et de tentatives de rétablissement.

Après l’intervention d’Eric Commeau, adjoint aux finances, Marie-Claude Jarrot ouvre la séquence avec une volonté manifeste de corriger ce qu’elle estime être des contre-vérités. « On dirait que vous êtes encore dans l’opposition. Que des constats et quelle tristesse », lance-t-elle d’emblée sur un ton ferme.

Soucieuse de rétablir ce qu’elle considère comme des faits, elle rectifie, « Les chiffres relatifs au chômage sont faux… ils étaient à 8,8 % au quatrième trimestre 2025 _ Eric Commeau a annoncé 20% », s’appuyant sur des données qu’elle juge incontestables. Elle rappelle également les mesures déjà engagées. « Nous n’avons pas attendu 2027 pour la taxe sur les logements vacants… elle a produit 200 000 euros ». Quant au déficit, elle ne le nie pas, mais le revendique presque. « Le compte administratif était négatif en 2024 car nous avons investi massivement 12 millions. C’est un choix assumé ».

Et dans un mouvement plus prospectif, elle trace une piste, « il faut confier un certain nombre d’équipements à la CUCM », suggérant une réorganisation structurelle plutôt qu’un simple ajustement budgétaire.

Mais face à cette défense construite, Eric Commeau oppose une réponse sans détour, presque cinglante. « Quelle tristesse effectivement madame Jarrot. Je suis accablé quand je vous écoute », réplique-t-il, renvoyant l’émotion à son interlocutrice. Là où elle invoque la stratégie, il dénonce une réalité qu’il juge préoccupante, « une situation financière qui est loin d’être saine ».

Il insiste sur l’absence de solution immédiate dans les propositions avancées. « Votre piste n’a pas d’effet immédiat. Ce n’est pas ce qui va régler le problème du règlement de l’emprunt relais ». Et surtout, il remet en cause la parole passée : « Vous avez osé dire lors de la campagne que la ville n’était pas endettée. C’est surréaliste ». Marie-Claude Jarrot a toujours parlé d’investissements.

Son propos se conclut sur une exigence morale autant que politique, « j’aurais préféré plus d’humilité et de modestie de votre part », transformant le débat budgétaire en jugement de responsabilité sans que Marie-Claude Jarrot puisse aller au bout de son intervention. « Vous devez terminer vos propos » lui assène à trois reprise madame le maire. « C’est dans le règlement ».

Dans ce face-à-face tendu, Isabelle Louis vient consolider la position de la nouvelle majorité. Elle recentre le débat sur les documents eux-mêmes. « Les chiffres, c’est le rapport que vous nous avez remis », soulignant une forme de contradiction interne à l’ancienne équipe. Puis elle élargit la critique, « cette manière de s’attarder sur ces chiffres est une manière de masquer la dette monumentale de la ville ».

Enfin, elle pose les conséquences politiques de cette situation. « Nous allons devoir procéder à des choix que nous n’aurions pas voulu », donnant à entendre que l’action future sera contrainte, presque imposée par l’héritage.

Ainsi, les interventions se répondent, se heurtent et se dévoilent. Derrière chaque phrase, une stratégie, défendre un bilan, dénoncer un héritage, préparer l’opinion. Le débat budgétaire devient alors un théâtre politique où les mots ne décrivent pas seulement la réalité, ils cherchent à la façonner.

J.B.

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