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Déjà dans ses propos liminaires, madame le maire, Isabelle Louis, annonce la couleur du conseil municipal qui s’est tenu mercredi soir avec en point d’orgue, le débat d’orientation budgétaire. « La municipalité sortante n’ayant pas souhaité réunir le conseil municipal depuis le 6 novembre 2025, ce débat n’a pu avoir lieu avant les élections municipales des 15 et 22 mars. Ce choix n’est pas neutre, il a eu pour conséquence directe de priver notre assemblée d’un débat essentiel mais aussi de priver les Montcelliens d’informations sur la réalité de la situation financière de leur ville et de reporter sur la nouvelle équipe la responsabilité de construire un budget (…) »
Isabelle Louis va encore plus loin et le dit sans ambages, « ce rapport sur les orientations budgétaires en reflète pas encore des orientations politiques que nous souhaitons porter. Les perspectives annoncées pour 2026 seront, bien entendu, réexaminées et, le cas échéant, révisées ».
Il revint à l’adjoint aux finances, Eric Commeau d’ouvrir ce débat budgétaire.
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Le ton est grave, presque accusateur. En présentant le débat d’orientation budgétaire, Éric Commeau ne se contente pas d’aligner des chiffres, il pose un diagnostic et désigne une responsabilité. A l’adresse de l’ancienne maire, Marie-Claude Jarrot, le propos est sans détour, la nouvelle majorité aurait hérité d’une situation financière « catastrophique », au point que la commune se retrouve aujourd’hui placée sous surveillance de la préfecture, contrainte de solliciter un soutien exceptionnel de l’État, une subvention exceptionnelle de 480 000 €.
Derrière cette mise en cause, une réalité budgétaire préoccupante. Les recettes stagnent quand les dépenses progressent, créant cet effet de ciseau bien connu des finances locales, qui étrangle peu à peu les marges de manœuvre. Dans le même temps, la ville s’est engagée depuis une décennie dans une politique d’investissement d’une ampleur inédite, près de 59 millions d’euros, sans que les équilibres financiers n’aient suivi.
C’est là que le bât blesse. Car l’endettement, lui, s’est envolé. Les ratios s’affolent, franchissent les seuils d’alerte, parfois même deviennent incalculables lorsque l’épargne disparaît. La dette dépasse désormais les capacités réelles de la commune, et chaque habitant en porte le poids croissant. A horizon proche, ce sont plusieurs millions d’euros qu’il faudra rembourser dans l’urgence, conséquence directe de choix passés que la nouvelle équipe juge hasardeux. Ce sont des prêts relais d’un montant de 4.5 M € à rembourser avant le 1er janvier 2027.
Le ratio de désendettement pour rembourser les emprunts se montait à 9 ans en 2020, il est passé à 26 ans en 2025, « très largement au-dessus du seuil critique qui est de 12 ans » fait observer Eric Commeau. La dette par habitant est de l’ordre de 1720 €.
Dès lors, le discours prend une autre dimension, celle d’un appel à la rigueur, presque d’un avertissement. Il faudra « prendre des mesures », dit Eric Commeau, au risque de décisions difficiles. Réduire les dépenses, revoir les priorités, freiner le recours à l’emprunt, autant de marqueurs d’une ligne assumée de redressement.
Mais au-delà des chiffres, c’est bien une bataille de récit qui se joue. A travers cette « vérité des comptes », la nouvelle majorité cherche à installer l’idée d’un héritage lourd, d’une situation dissimulée trop longtemps notamment cette alerte préfectorale dont elle dit ne pas avoir été informée. En creux, elle se positionne comme celle qui affronte la réalité, là où d’autres l’auraient contournée.
Le débat d’orientation budgétaire devient alors plus qu’un exercice technique, c’est un moment politique. Celui où se dessine une ligne de fracture entre deux visions de la gestion municipale et où s’esquisse, déjà, la justification des choix à venir.
« Nous aurons des décisions douloureuses à prendre sur le PPI (plan pluriannuel d’investissement). Le PPI n’est pas celui de la nouvelle majorité » ajoute encore l’adjoint aux finances.
Le décor est planté et bien planté.
« Qui veut prendre la parole » demande Isabelle Louis. Le groupe RN reste silencieux. Marie-Claude Jarrot lève le doigt (à lire par ailleurs).
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J.B.







