Montceau – « 12 hommes en colère » et le théâtre devient une leçon de citoyenneté vivante

La salle de l’Embarcadère de Montceau-les-Mines était pratiquement pleine et, fait marquant de la soirée, de nombreux jeunes avaient pris place dans le public. Dans le cadre d’actions de médiation culturelle menées sur le territoire, leur présence donnait déjà à la représentation une résonance particulière. Car 12 hommes en colère n’est pas une pièce anodine, c’est une œuvre exigeante, profondément intellectuelle, qui interroge la justice, le doute, la responsabilité individuelle et la puissance du débat démocratique.

Adaptée du célèbre film de 12 Angry Men réalisé par  Sidney Lumet, lui-même issu du téléfilm écrit par Reginald Rose, la pièce plonge le spectateur au cœur d’une salle de délibération. Douze jurés doivent statuer sur le sort d’un jeune homme accusé de parricide. Le verdict doit être unanime : coupable, et c’est la peine de mort, non coupable, et c’est la liberté.

Toute la force de l’œuvre réside dans ce huis clos brûlant, où les certitudes vacillent. Un seul juré ose douter, non par conviction de l’innocence mais par exigence morale. Peut-on condamner sans avoir vraiment discuté ? A partir de cette simple question, la mécanique intellectuelle se déploie en mettant en lumière le démontage des préjugés, la fragilité des témoignages, le poids des déterminismes sociaux et la violence des opinions toutes faites. Le spectateur assiste alors à une démonstration implacable où la vérité judiciaire n’est pas donnée, elle se construit ou se déconstruit par la parole.

La mise en scène proposée lors de cette représentation prenait un parti pris sobre, presque dépouillé. Un choix qui renforçait l’intensité des échanges, même si l’on peut formuler une réserve scénographique et l’absence de table centrale. Traditionnellement, cet élément structure l’espace et symbolise à la fois la délibération collective et la confrontation des arguments. Ici, les jurés semblaient disposés comme sur un banc ce qui atténuait quelque peu la dynamique de prise de parole individuelle et la circulation physique du débat. Ce détail n’enlevait rien à la qualité du jeu, mais modifiait la perception des rapports de force entre les personnages.

Car pour le reste, la tension dramatique était bien présente. Les comédiens ont su incarner la diversité des tempéraments, celle de l’impatient, le rationnel, le colérique, le résigné, l’humaniste… autant de figures qui composent une véritable société à huis-clos. Le texte, d’une redoutable intelligence, garde toute son actualité. Il parle de justice, bien sûr, mais aussi de démocratie, de courage civique et de la nécessité d’écouter avant de juger.

Voir cette œuvre aujourd’hui, à l’heure des opinions instantanées et des jugements expéditifs avec cette communication plus rapide que l’information elle-même, constitue une expérience pédagogique précieuse. Le théâtre redevient alors ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est-à-dire un espace d’apprentissage du doute et de l’esprit critique.

Au final, malgré une réserve de mise en scène sur l’aménagement du plateau, 12 hommes en colère a tenu sa promesse qui a été de captiver, faire réfléchir, et rappeler que la parole, lorsqu’elle est libre et argumentée, demeure l’un des piliers essentiels de notre vie démocratique.

« Puisque j’te dis qu’c’est lui, tout le monde le sait, même la télé le dit ! »  A bon entendeur…

 

J.B.

 

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