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La recette a fait ses preuves. A trois reprises, les habitants de Mary ont accordé leur confiance à Roger Burtin. Mais comme dans le remake d’un film, inutile d’en faire trop, il faut savoir s’arrêter au bon moment.
« J’ai fait trois mandats. Il faut savoir y aller et, surtout, savoir se retirer », confie avec simplicité le maire de Mary. Il y a six mois, la décision a mûri lentement. Certes, le plaisir a été immense _ « ce fut même un grand bonheur », précise-t-il _ mais « à mon âge, j’aurai 71 ans le 26 mars, une certaine fatigue s’installe ».
Le moment est donc venu de passer la main et de rentrer dans le rang. « Mary a besoin d’idées nouvelles et j’ai la chance d’avoir autour de moi une équipe de jeunes. A 52 ans, quand j’ai été élu pour la première fois, on a une gnaque incroyable. C’est pour cela que je suis très serein pour la suite », assure-t-il.
Depuis son bureau de maire, qu’il occupera encore quelques semaines, Roger Burtin contemple le chemin parcouru. Cette mairie, il en est fier. Construite lors de son premier mandat, elle répondait à de vrais besoins, offrant un espace bien plus fonctionnel que l’ancien local installé à l’école. Même si, comme il le dit en souriant, « ce n’est pas un château ».
Ici, pas de projets démesurés. Mary est une petite commune rurale où les réalisations sont à taille humaine mais porteuses de sens, à l’image de la chaufferie bois qui alimente les bâtiments communaux. Grâce à la CUCM, l’aménagement du bourg a redonné de l’éclat au village. « Tout est en bon état, les bâtiments comme les finances », souligne le maire.
Preuve que l’air et l’ambiance sont bons, la population est passée de 220 à 300 habitants. « C’est un vrai gage de sécurité pour conserver notre école », se réjouit-il. Mary dispose de l’essentiel : une mairie, une école, une petite épicerie, une salle des fêtes. Pas d’église ni de cimetière, en revanche. « Tout a été détruit à la Révolution et jamais reconstruit », rappelle-t-il.
Dehors, le soleil réchauffe la place. Roger Burtin pense déjà à l’après. « A 70 ans, il reste encore du temps, celui de profiter de ma famille et de voyager un peu », confie-t-il. On ne le verra ni derrière les fourneaux aux côtés de son fils Cédric à Saint-Rémy, ni face à une caméra pour donner la réplique à Kad Merad. « Ni l’un ni l’autre », tranche-t-il en souriant, « je préfère mettre les pieds sous la table ». Lui, l’ambassadeur de la viande charolaise et ancien éleveur, continue pourtant d’enfiler le tablier lors des manifestations à Mary ou Mont-Saint-Vincent. Sous sa baguette, les pièces de bœuf frétillent sur la plancha. « Vous voyez, je serai bien occupé et j’ai aussi le Lions », glisse-t-il.
Etre maire, d’une grande ou d’une petite commune, procure de vraies satisfactions mais aussi de profondes inquiétudes dans un contexte incertain. « Elles sont encore plus fortes en milieu rural, surtout lorsqu’on parle d’investissement », souligne Roger Burtin. Il évoque la baisse des dotations, la complexité administrative et la flambée des prix des matières premières. « Avant, on pouvait subventionner un projet à 80 %, aujourd’hui, on est tombé à 50 %. Autant dire que les budgets sont serrés ». Parmi les dossiers qu’il laisse, celui de la micro-crèche, qu’il espère voir aboutir sous la prochaine équipe municipale.
Doucement, avec humilité et bienveillance, Roger Burtin se prépare à clore son troisième mandat. Des qualités que les habitants de Mary lui ont reconnues et rendues pendant dix-huit ans. « Une page se tourne, il faut savoir la tourner », conclut-il, sans amertume, mais avec une profonde gratitude.
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J.B.





