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C’était comme un film en version originale. Les acteurs parlaient leur langue, les mots défilaient parfois en sous-titres, et, comme souvent, la traduction ne disait pas tout.
Mardi soir, Le Creusot a déroulé le tapis rouge. Comme Montceau-les-Mines l’avait fait le 3 décembre avec Le Capitole, la ville a inauguré son nouveau cinéma, cinq salles, 720 fauteuils, un écrin de lumière et de lignes élégantes. Un bâtiment qui raconte une histoire. Celle de la cité du Pilon, de son passé minier, quand, sur le site de Mach 2, cinq puits perçaient encore le sol. C’est là, entre mémoire et modernité, qu’est né le Magic.
Le bois s’arque en grandes arches, rappelant les étais d’autrefois. Le regard s’élève, le temps suspend son souffle. Les salles, superbes, comptent sans doute parmi les plus belles de France. « Nous avons, madame Jarrot, les plus beaux cinémas de France », s’enthousiasmait David Marti, maire du Creusot et président de la communauté urbaine Creusot Montceau.
En maître de cérémonie, il jouait son rôle avec l’assurance de celui qui connaît son texte par cœur, jonglant entre titre et sous-titre.
« Le cinéma est un lieu de vie, de partage, d’émotion, où l’on s’évade ». Une phrase simple, presque évidente, mais précédée d’un long métrage aux rebondissements multiples. Car ce projet s’est fait attendre. « Il a mis du temps à émerger. Certains ont même cru qu’il ne verrait jamais le jour. Désolé de les décevoir. Pour un projet structurant, il faut de la patience, de la persévérance, tenir le cap contre vents et marées. Aujourd’hui, il ouvre enfin ses portes ».
Retour en arrière. Le premier scénario ne réunissait pas les mêmes acteurs, même si le décor, déjà, se dessinait sur Mach 2. En juillet 2019, l’intrigue s’écrivait autour de Line Davoine, alors propriétaire des cinémas Les Plessis à Montceau et du Morvan au Creusot. Montceau piétinait, Le Creusot avançait. En coulisses, pourtant, une autre histoire se jouait, la vente du groupe CinéAlpes à Pathé Gaumont.
Rideau. La rénovation des Plessis et la construction d’un cinéma au Creusot s’évanouissaient. Pathé, peu intéressé par deux salles de proximité, cédait les droits d’exploitation à Régis Faure, patron de Panacéa, déjà engagé depuis 2017 dans le rêve d’un nouveau cinéma à Montceau.
Les villes de Montceau et du Creusot finirent par s’accorder, plaçant leurs espoirs dans un même panier. Régis Faure devint alors le scénariste principal, celui qui souligne les phrases, impose le rythme et mène l’histoire à son terme.
Ce qui inspira à David Marti, cette réplique savoureuse : « Vous avez été un emmerdeur efficace. Et je reconnais la qualité de votre travail. Je connais tant d’emmerdeurs inefficaces ». Faut-il vraiment un décodeur ?
Aujourd’hui, inutile de revenir sur les difficultés. Le résultat parle de lui-même. Le Magic a une âme, une signature. Il est, tout simplement, Magic.
Reste un détail, presque anecdotique, les Anglais. « Nos amis anglais », souriait Régis Faure, ont rencontré des problèmes d’approvisionnement en tissu ignifugé pour les fauteuils des salles 1 et 2, qui n’ouvriront qu’à la fin mars. Qu’importe, dès ce mercredi 4 février, le Magic accueille le public avec trois salles déjà prêtes à vibrer.
Pourquoi ce nom ? En hommage au Magic creusotin de 1913, rappelait Marie-Claude Nectoux, dont l’arrière-grand-père, Antoine Blanchon, fut l’un des pionniers. Il se dressait aux Quatre-Chemins. Le bâtiment existe encore, gardien discret d’une mémoire cinématographique.
Comme à Montceau, les critiques n’ont pas manqué de souligner le coût de l’opération : 6 537 000 euros au Creusot. « Un investissement, pas une dépense », répondait David Marti. « Et un investissement qui rapporte ». L’engouement suscité par Le Capitole à Montceau en est la preuve, un cinéma est une force d’attraction pour tout un territoire.
Et puis, il y a l’essentiel. Ce que la télévision ne remplacera jamais. « Le cinéma permet de rêver. Et une vie sans rêve, c’est comme une marionnette sans ficelle », concluait le maire.
Le rideau pouvait se lever et la magie opérer.
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J.B.
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Ils ont dit
Henry Maître, président de la société ID Ciné (constructeur du Magic) : « Nous l’avons rêvé, l’avons imaginé, nous l’avons construit. Il a fallu trois ans pour boucler le projet dont 14 moins de travaux, un chantier éclair. Le Magic est un cinéma innovant et avant-gardiste avec un confort maximum, une isolation biosourcée, une toiture photovoltaïque, un chauffage biomasse, un son dolby atmos, une image 4K laser et des écrans géants, jusqu’à 110 m2 ».
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Guillaume Bachy, président de l’association française des cinémas d’art et d’essai : « C’est une chance au Creusot, il ne s’ouvre que quatre à cinq cinémas par an. Le Magic au Creusot est magnifique, Le Capitole à Montceau est extraordinaire. Construire deux cinémas en même temps, c’était osé mais c’est une réussite ».
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Le financement
Société des cinémas LCM : 2 687 000 € dont prêt de la Banque des Territoires : 1 470 000 € et un prêt de la banque NEF : 750 000 €; Région Bourgogne Franche-Comté : 1 250 000 €; CNC : 600 000 €; ville du Creusot : 2 000 000 €.
La CUCM finance l’aménagement des abords : 1 700 000 €
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