Jean-Claude Lagrange – Sur la colline de Sanvignes, le regard d’un maire qui s’en va

Trente années de vie politique ont façonné Jean-Claude Lagrange. Il a presque tout traversé, tout éprouvé. Maire de Sanvignes, conseiller communautaire, vice-président, président, à nouveau vice-président, conseiller régional et vice-président de la Région, il n’est pourtant pas de ces figures figées que l’on qualifie de dinosaures. Il est de ceux que guide une idée simple et tenace, servir, coûte que coûte, les habitants.

Dans deux mois, il quittera le fauteuil de premier magistrat de Sanvignes, qu’il occupe sans discontinuer depuis le 18 juin 1995. Un départ sans amertume, mais non sans regret. Il met le clignotant comme on annonce une manœuvre nécessaire. Le corps, d’abord, a rappelé ses limites. Ce mal de dos ancien, aggravé il y a deux ans par une crise violente. « J’ai morflé, j’étais sous morphine ». Puis l’âge s’est imposé, doucement mais sûrement, il fêtera ses 70 ans cette année. « On m’a dit que j’aurais dû m’arrêter avant, que c’était peut-être le mandat de trop. Je n’ai pas couru après une prime de longévité. Je resterai toutefois à la Région jusqu’en 2028 ».

Être maire n’a rien d’une sinécure. Ce dernier mandat, surtout, a pesé lourd. Une charge mentale permanente, alourdie par la pandémie, puis par l’incendie de la mairie. Il le concède sans détour.

Des événements, il en a vécus. Et lorsqu’il regarde derrière lui, il mesure combien la route fut étroite entre la volonté d’avancer et celle de composer avec les autres. Les idées étaient souvent partagées, mais trop souvent les ambitions personnelles ont pris le pas. Pas uniquement pour des raisons d’étiquettes politiques. « Sur le Bassin minier, la politique sociale avec André Quincy à Blanzy, Marcel Bouteloup à Saint-Vallier, Didier Mathus à Montceau-les-Mines et moi-même _ tous de gauche _, cela ne fonctionnait pas mieux ».

Comme Hervé Mazurek, le maire de Blanzy, Jean-Claude Lagrange est un enfant de Montceau-les-Mines, du Bois-Roulot. Il a porté les couleurs du Rugby Club Montceau. « Tout le monde me connaît à Montceau, mais j’ai choisi de rester à Sanvignes ». En 2014, l’idée de briguer la mairie de la ville centre a pourtant traversé les esprits. « Mais il y avait Didier Mathus ». En 2020, on tenta encore de l’y pousser. Mais partir aurait ressemblé à un abandon quand bien même « mon attachement à Montceau est profond. Ça aurait pu être, ça ne l’a pas été ».

Depuis la butte de Sanvignes, Jean-Claude Lagrange a toujours regardé plus loin que l’horizon immédiat. Dans les années 1990, alors que le Bassin minier sombrait dans la sinistrose, il ressentit l’urgence d’agir. Relancer l’économie, et surtout l’industrie, devint l’un de ses combats. De cette volonté est née l’aventure Mecateam, fruit d’une rencontre avec Didier Stainmesse. « Lui, fils de mineur, moi, fils d’ouvrier ». Une évidence partagée. Aujourd’hui, le nom de Mecateam résonne bien au-delà du canal du Centre, jusque dans les hautes sphères du ferroviaire.

Après trois décennies d’engagement, Jean-Claude Lagrange demeure convaincu qu’aucune commune du Bassin minier ne gagnera à se livrer bataille. Il faut penser ensemble, mutualiser les équipements, adopter une vision à l’échelle du territoire. Un idéal qu’il reconnaît volontiers comme un « vœu pieux », souvent rappelé, rarement suivi d’effets.

Un mot, surtout, reste tabou, « fusion ». L’idée même d’unir les quatre communes lui paraît encore irréaliste. « Personne ne comprendrait ».

De sa colline, il a vu le Bassin minier vivre, respirer, se transformer. Mais c’est à la communauté urbaine et au conseil régional qu’il a pleinement mesuré la rudesse du jeu politique. Les luttes de pouvoir, notamment entre le nord et le sud du territoire, y furent parfois féroces. « En politique, on n’a pas d’amis », dit-il simplement. « J’en ai souffert ».

En mars prochain, il quittera la mairie avec la conviction qu’il faut savoir partir au bon moment, « quand on gagne ». Il transmettra les clés à une personne de confiance, avec laquelle un accord a été noué, à savoir, Viviane Perrin, sa première adjointe, aujourd’hui la seule à présenter une liste pour les municipales.

Après trente ans d’engagement public, une ignorance demeure pourtant intacte, pour réussir de parfaits œufs brouillés, une cuillère en bois est indispensable. Les siens n’en étaient pas moins excellents _ merci Martine ! Et le Liberty, décidément, reste un lieu idéal pour un brunch avec la presse.

J.B.

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