Communauté urbaine – Le sprint est lancé pour la présidence, Isabelle Louis entre en piste

Au lendemain du second tour des élections municipales, une autre bataille, plus feutrée mais tout aussi décisive, s’est immédiatement engagée : celle de la succession à la tête de la communauté urbaine Creusot Montceau. Téléphones en surchauffe, conciliabules discrets, rendez-vous en petit comité… En quelques heures à peine, les lignes ont commencé à bouger.

La défaite de David Marti au Creusot a ouvert une brèche. Et dans cet espace politique soudain vacant, deux figures se sont rapidement imposées, Charles Landre, nouveau maire du Creusot, et Isabelle Louis, fraîchement élue à Montceau-les-Mines au terme d’un scrutin serré, encore contesté devant le tribunal administratif.

Mais au-delà des noms, c’est une recomposition des équilibres territoriaux qui se joue. Car cette fois, les maires ruraux entendent bien peser. Longtemps relégués au rôle de spectateurs disciplinés, ils veulent désormais être des acteurs à part entière. Leur stratégie est claire, auditionner, comparer, jauger. Et surtout, se faire entendre avant le vote décisif du 16 avril.

Dans ce contexte, Isabelle Louis avance ses pions avec méthode. Dimanche, elle a officialisé sa candidature, posant d’emblée les bases de son positionnement. « Ma candidature se veut rassembleuse, collective et à l’écoute, comme je l’ai été lorsque j’ai exercé mon mandat de vice-présidente en charge de la contractualisation, avec des relations constantes, du respect et une entière considération des agents ».

Un message calibré pour répondre à une attente devenue centrale, celle du dialogue. « C’était une demande forte des maires ruraux », insiste-t-elle, promettant de redonner toute sa place à la conférence des maires.

Car le diagnostic est largement partagé, sous l’ère Marti, beaucoup ont eu le sentiment d’un fonctionnement vertical, où l’on votait plus qu’on ne débattait. Aujourd’hui, le rapport de force a changé. Les petites communes veulent exister politiquement, et elles le font savoir.

Mais dans cette partie d’échecs, rien n’est simple. Les retours d’audition sont contrastés, les impressions divergentes. Certains ont été séduits par la prestation du maire du Creusot, quand d’autres sont restés plus réservés face à celle de la maire de Montceau. Isabelle Louis mise donc aussi sur l’écrit, « j’ai adressé une lettre à tous les maires et conseillers communautaires ».

Reste une question centrale, le scrutin se jouera t-il dans les campagnes ? Peut-être, mais pas uniquement. Isabelle Louis en a parfaitement conscience. « J’ai entendu leurs attentes, mais il n’y a pas qu’eux. Je dois tenir compte des deux villes centres, Le Creusot et Montceau, ainsi que des communes intermédiaires, Sanvignes, Saint-Vallier, Montchanin, Blanzy, le Breuil… » Autrement dit, l’équation est territoriale avant d’être politique. Trouver le point d’équilibre entre ruralité, villes centres et communes intermédiaires relève d’un exercice d’orfèvre.

Pour y parvenir, la candidate avance des propositions concrètes. Une redistribution des responsabilités d’abord quatre vice-présidences pour les ruraux, cinq ou six conseillers délégués et un rééquilibrage entre Le Creusot et Montceau  _ deux vice-présidences et deux conseillers délégués chacune.
« C’est un changement de gouvernance », affirme-t-elle tout en prônant l’ouverture.

Mais sans rupture brutale. « Il n’y aura pas de rupture », assure-t-elle encore, revendiquant une continuité, notamment sur le développement économique, tout en promettant une méthode différente, « dans le dialogue ».

Sur le fond, quelques signaux sont envoyés, une possible hausse des moyens pour l’entretien des chemins ruraux, mais aussi des prudences assumées, notamment sur la baisse du prix de l’eau. « Effectivement, des questions se posent ».

Derrière les discours, les calculs sont déjà engagés. Isabelle Louis avance un premier chiffrage, « j’ai trente-trois voix assurées. J’en ai besoin de trente-six pour obtenir la majorité ».

Trois voix. C’est peu, et c’est énorme à la fois. Car dans cet entre-deux se nichent toutes les incertitudes, les hésitations des ruraux, les arbitrages des communes intermédiaires et les éventuelles surprises de dernière minute.

L’hypothèse d’un troisième candidat n’est d’ailleurs pas écartée. Une carte supplémentaire qui viendrait rebattre les équilibres déjà fragiles. « Ce n’est pas exclu », glisse-t-on dans les rangs ruraux.

Et puis, il y a les inconnues locales, parfois décisives. A Blanzy, par exemple, les trois voix de la majorité pourraient peser lourd. Mais les tensions politiques y sont vives et les déclarations d’Éric Commeau pendant la campagne des municipales en direction du nouveau maire, Cyrille Politi, n’ont pas laissé indifférents. « Alors, veut on l’équipe Commeau à la tête de la CUCM ? », interroge, non sans arrière-pensée, un maire.

A mesure que l’échéance approche, la pression monte. Les alliances se font et se défont, les téléphones crépitent, les positions évoluent.

Jeudi soir, il s’agira d’élire un président et définir un nouveau centre de gravité politique pour tout un territoire.

J.B.

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