Brigitte Bardot – Après le cinéma, la cause animale et sa rencontre avec André Jarrot

La mort de Brigitte Bardot a fait réagir le monde entier. En France, celle qui est une actrice, chanteuse et mannequin, est devenue une icône mondiale du cinéma et de la mode dans les années 1950 et 1960, notamment grâce au film Et Dieu… créa la femme (1956) de Roger Vadim, qui la propulse au rang de sex-symbol international.

Au cours de sa carrière, elle a tourné dans plus de 40 films et a travaillé avec de grands réalisateurs, tout en influençant profondément la mode, la musique et les mœurs de son époque. Fatiguée de la célébrité et de la pression médiatique, elle s’est retirée du cinéma en 1973.

Après sa carrière artistique, Brigitte Bardot se consacra entièrement à la défense des animaux. Elle fonde en 1986 la Fondation Brigitte Bardot, devenue une référence internationale dans la protection animale. Aujourd’hui, elle reste une figure marquante de la culture française, autant pour son impact artistique que pour son engagement militant.

En 1976, alors qu’elle défendait la cause animale, elle participe à l’émission de Jacques Chancel, Radioscopie dans un entretien avec André Jarrot, alors ministre de la Qualité de la vie et ancien maire de Montceau-les-Mines.



La cause animale entre à la radio, l’État écoute, prudemment

Paris, 1976.Il fut un temps où Brigitte Bardot  incarnait à elle seule une certaine idée de la liberté, du cinéma français et de la blondeur triomphante. Ce temps-là est révolu. Désormais, Bardot ne joue plus. Elle accuse. Elle interpelle. Elle dérange.

Face à elle, cette semaine sur les ondes de France Inter, André Jarrot, ministre de la Qualité de la vie, homme posé, costume sombre, vocabulaire mesuré, chargé par le gouvernement de donner un contenu politique à une notion encore floue, le bien-vivre. Le décor est planté. Le face-à-face peut commencer.

Radioscopie d’un malaise moderne

C’est dans le cadre feutré de Radioscopie, l’émission de Jacques Chancel, que la rencontre a lieu. Un lieu neutre, civilisé, presque confortable ce qui n’empêche nullement les vérités inconfortables.

Brigitte Bardot parle des animaux comme d’autres parlent des droits de l’homme avec gravité, colère parfois, et une absence totale de prudence diplomatique. Elle évoque la chasse, l’abattage, les traditions, la souffrance. Elle ne théorise pas, elle montre. Elle insiste. Elle accuse l’indifférence.

André Jarrot, lui, écoute. Il reconnaît. Il nuance. Il rappelle que l’État ne se gouverne pas à l’émotion. Que les textes existent. Qu’il faut concerter. Avancer sans heurter.

Entre les deux, Jacques Chancel joue les équilibristes. Il distribue la parole, tempère les excès, évite l’affrontement. La radio publique, après tout, n’est ni un ring ni un tribunal. Deux langages, une même époque

Ce qui frappe, au fil de l’échange, ce n’est pas tant l’opposition que l’incompatibilité des langages.

Bardot parle de morale. Jarrot parle de procédure.

Bardot parle de vies. Jarrot parle de cadres réglementaires.

Elle demande des actes immédiats. Il répond par des délais raisonnables.

Et pourtant, le dialogue tient. Mieux, il existe. Ce qui, il y a encore quelques années, aurait relevé de l’anecdote mondaine ou de la lubie de star devient ici un sujet de société. Une star, mais pas une figurante

Ceux qui s’attendaient à une apparition décorative de l’ancienne actrice seront déçus. Brigitte Bardot ne joue aucun rôle. Elle est préparée, informée, obstinée. Elle ne cherche ni indulgence ni admiration. Elle veut des réponses.

On sent chez le ministre une forme de respect, mêlé à une prudence bien française. Il ne ridiculise pas la démarche. Il ne l’encourage pas outre mesure. Il la reconnaît, ce qui, dans le langage gouvernemental, est déjà une concession.

Ce qui n’a pas été dit… mais entendu

Aucune annonce spectaculaire n’est sortie de cette Radioscopie. Aucun décret, aucune interdiction, aucune promesse ferme. Les auditeurs les plus impatients resteront sur leur faim. Mais il serait injuste de n’y voir qu’un dialogue de sourds. Car ce qui s’est joué là relève moins de la décision politique que du déplacement du regard. La cause animale, jusqu’ici marginale, parfois moquée, parfois ignorée, a trouvé un espace de parole sérieux, sans caricature.

Cette rencontre dit beaucoup de la France de 1976 : un pays encore attaché à ses traditions, mais déjà traversé par des interrogations nouvelles, un État prudent, mais contraint d’écouter, une opinion publique qui commence à entendre que la modernité ne se mesure pas seulement en croissance, mais aussi en compassion.

Brigitte Bardot n’a pas convaincu l’État en une émission. André Jarrot n’a pas cédé aux injonctions militantes. Mais chacun est reparti avec quelque chose, elle, la certitude que le combat est désormais public, lui, la conscience qu’il ne pourra plus être totalement ignoré. La radio, ce jour-là, n’a pas changé la loi. Elle a changé le débat. Et c’est parfois ainsi que commencent les évolutions durables.

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