Comme souvent, il y a le fond et la forme. Ici, si le fond peut se défendre, la forme, elle, interroge.
Sur le fond, l’objectif affiché est clair : rue de la Garenne à Blanzy, il s’agit de soulager le réseau d’assainissement unitaire afin de limiter les risques de débordements en aval. La méthode retenue consiste à déconnecter les eaux pluviales du réseau public pour les infiltrer directement sur les parcelles privées, au point de chute, comme l’explique un document remis aux propriétaires du lotissement.
La CUCM précise avoir choisi le quartier de la Garenne comme site pilote pour initier ces nouvelles pratiques présentées comme plus vertueuses en matière de gestion des eaux de pluie. Deux structures de conseil et un bureau d’études ont ainsi été missionnés pour accompagner les habitants et produire des esquisses de faisabilité. Des esquisses qui, précise-t-on, devront encore être affinées en fonction des solutions retenues par les propriétaires avant l’élaboration d’un plan d’exécution et d’un chiffrage définitif.
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Dans les faits, le partage des rôles est limpide. La CUCM conserve la maîtrise de l’assainissement des eaux usées et de l’aménagement de la place de la Garenne, pendant que les propriétaires privés se voient sommés de transformer leurs terrains en ouvrages d’infiltration… à leurs frais.
Et c’est là que la question de la forme devient explosive.
Car si les riverains ont bien assisté à une réunion d’information et reçu la visite de techniciens, le courrier qui leur a ensuite été adressé a provoqué une onde de choc. A tel point que le maire de Blanzy, Hervé Mazurek, est lui-même intervenu auprès de la CUCM. Dans un courrier, il indique avoir reçu les habitants de la rue de la Garenne et rapporte leur réaction : « Ils ont été fort marris d’un courrier reçu dernièrement, courrier qu’ils ont jugé très coercitif et peu aimable (…), plutôt intimidant ».
Un qualificatif difficilement contestable à la lecture du document. La CUCM y écrit noir sur blanc : « La CUCM prévoit la réalisation des aménagements publics (la place) à l’horizon 2027. Les travaux dans les parties privées sont à la charge de chaque propriétaire. Ils peuvent être réalisés dès à présent et au plus tard deux ans après la réalisation des travaux de la partie publique. Une fois ce délai dépassé, la CUCM sera dans l’obligation d’appliquer les règles de la délibération du conseil communautaire du 13 février 2024, à savoir la mise en demeure du propriétaire de réaliser les travaux ainsi qu’une amende de 500 € ».
Traduction pour les riverains, des travaux obligatoires, chiffrés entre 4 000 et 20 000 euros selon les propriétés, assortis d’une menace financière supplémentaire en cas de retard. Le tout au nom de l’intérêt général, certes, mais sans réelle marge de discussion. Reste la possibilité d’une subvention de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, plafonnée à 50 %, encore faut-il y être éligible.
La situation s’est encore tendue en fin de semaine dernière, lorsqu’une délégation de la CUCM s’est rendue chez l’un des propriétaires pour lui remettre son étude personnalisée. L’initiative s’est rapidement transformée en rassemblement de riverains excédés.
La question, simple et directe, a fusé : « Et si on ne veut rien faire ? »
En retour, une litanie de réponses évasives : « Je ne sais pas », « Je ne dirai rien », « Il faut que je voie avec ma hiérarchie », « Je ne suis pas apte à répondre ».
Face à ce flou, l’agacement est monté d’un cran. « Vous servez à quoi ? », lance un propriétaire.
La réponse achève de cristalliser le malaise : « Nous sommes venus voir Monsieur Philippe. C., nous ne sommes que des prestataires ».
Autrement dit, ceux qui présentent les études ne décident de rien, et ceux qui décident ne sont pas là pour répondre. Une méthode qui laisse un goût amer.
Dépité, un riverain résume la situation avec une amère simplicité : « Ils ne veulent plus que les eaux pluviales aillent dans le réseau. Et c’est à nous de payer ».
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J.B.
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NDLR : nous avons sollicité la CUCM, en vain.
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Un exemple des propositions pour un propriétaire











